Un des numéros de l’émission télévisée intitulée « Le dessous des cartes » de 2007 prenait pour sujet les rapports entre croissance économique, croissance démographique et consommation d’énergie dans le monde.
En se fondant sur des rapports de l’OCDE, de la Banque Mondiale et de l’Agence Internationale de l’Energie, Jean-Christophe Victor nous apprend plusieurs éléments étonnants sur les prévisions à long terme (d’ici 2030) de la croissance économique, de la croissance démographique et de la croissance de la demande énergétique.
D’abord, la croissance économique sera soutenue pendant 25 ans notamment grâce aux pays asiatiques. Ensuite, c’est justement en Asie que la croissance démographique sera la plus forte. Ces deux éléments auront d’importantes conséquences sur la consommation énergétique dans le monde et nécessairement sur la pollution environnementale planétaire. Aussi, la croissance des besoins énergétiques sera d’autant plus élevée en Asie. De manière plus remarquable, étonnante si pas décevante, les principales sources d’énergie utilisées dans le monde (80 %) resteront les énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) comme c’est le cas actuellement, laissant les énergies propres et renouvelables ainsi que le nucléaire civil en production marginale.
Croissance économique soutenue dans les 25 ans à venir.
Selon ces prévisions, la croissance se maintiendra dans les 25 prochaines années. A l’échelle humaine, rien ne permet d’anticiper une rupture qui invaliderait ces prévisions telles qu’une crise financière comme celle de 1929, une guerre mondiale ou une menace majeure (le terrorisme n’étant pas une menace majeure).
Les auteurs de l’émission ont examiné les prévisions de la croissance du PIB, soit la croissance de la richesse créée dans les différentes zones du monde : en moyenne 3 à 4 % par an dans le monde et 6 % par an en Asie.
La tendance générale est donc nettement à la hausse. Elle s’appuie sur la globalisation des échanges commerciaux et sur les investissements entre les états et les zones d’intégration régionale.
Il s’agit d’une tendance lourde : les performances des économies chinoises, indiennes, indonésiennes, malaises et même celles d’autres pays du Sud-Est asiatique vont provoquer une longue période de croissance mondiale, plus longue que celle entraînée par l’économie américaine après 1945. Cette croissance n’est pas seulement fondée sur la production de produits manufacturés mais sur des économies de plus en plus diversifiées. Elle sera particulièrement marquée en Asie compte tenu de son dynamisme économique mais aussi grâce à sa forte croissance démographique.
Croissance démographique d’ici 2030.
En 2006, la Chine et l’Inde cumulent à elles seule un tiers de la population mondiale. Cette tendance se confirme pour les 25 ans qui viennent. En 2030, quatre des cinq pays les plus peuplés au monde seront en Asie. L’Inde hébergera 1 milliard 400.000 habitants, la Chine comptera 1 milliard 300.000 habitant, l’Indonésie sera habitée par 270 millions de personnes et le Pakistan de 260 millions d’habitants. Les USA seront 3e population mondiale à cette date avec seulement 360 millions d’habitants, soit loin derrière les deux “puissances” démographiques asiatiques.
Bref, l’Asie cumulera une forte progression du PIB et une forte progression de la démographie. Ces deux prévisions auront des conséquences directes sur la demande énergétique.
Croissance des besoins énergétiques
Alors que les pays de l’OCDE représentent aujourd’hui plus de 50 % de la consommation énergétique mondiale, en 2030, les pays asiatiques en représenteront 30 %, contre 20 % actuellement. D’ici là, les besoins énergétiques répondront surtout à la croissance du continent asiatique. La croissance globale de la demande énergétique pourrait varier entre 52 % et 71 % (selon les rapports) dans les trente prochaines années (contre 48 % pour la période 1970-2000).
Quelles énergies répondront à la croissance de la demande énergétique ?
La répartition des sources d’énergie utilisées dans le monde d’ici 2030 serait toujours la même que celle d’aujourd’hui.

Dans 25 ans, 80 % des énergies consommées seraient toujours les énergies fossiles : pétrole, gaz et charbon. Leurs volumes de consommation ne ferait qu’augmenter à l’avenir. L’énergie nucléaire civile et les énergies renouvelables subsisteront dans des parts marginales.
Comment expliquer le paradoxe de souhaits qui relèvent du bon sens, consommer les énergies de manière plus responsable, avec ces prévisions décevantes ?
D’abord, les énergies fossiles seront disponibles pour de longues années encore, sans compter le fait que des nappes de pétrole peuvent encore être découvertes et que les technologies qui optimisent sa production iront en s’améliorant. On estime aujourd’hui les réserves de pétrole à 41 ans, 59 ans pour le gaz et 200 ans pour le charbon.
En ce qui concerne le charbon, il est encore très abondant et offre l’avantage d’être mieux réparti dans le monde que le pétrole qui est fortement concentré au Moyen-Orient. Il n’est dès lors pas étonnant que la Chine mette chaque semaine en service une centrale électrique au charbon. On en imagine déjà l’impact environnemental. La consommation de charbon ne cessera pas d’augmenter dans le monde; elle devrait tripler d’ici 2050. Notons aussi que 40 % de l’électricité mondiale est déjà actuellement produite grâce au charbon !
Justement, la consommation électrique manque toujours à plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde. D’ici 2030, il y aura toujours autant de personnes sans électricité alors que la population mondiale aura augmenté de manière significative. Quoi qu’il en soit, « l’accès à l’électricité n’est pas et ne sera pas également répartie à travers le monde. », le continent africain restant de toute façon le parent pauvre.
La part du pétrole restera prédominante d’ici 2030 dans la consommation énergétique mondiale. Le secteur des transports est responsable de la plus grande part de la demande énergétique en pétrole. Ce secteur a également la plus grande part de responsabilité dans les émissions de gaz à effets de serre. Le pétrole n’est pas prêt à être remplacé, notamment parce que ce secteur des transports se réforme beaucoup moins vite que les autres. Or, le parc automobile est en train d’exploser en Asie. En Chine, il a été multiplié par trois entre 1990 et 2005. On a aujourd’hui 20 véhicules pour 1000 habitants en Chine et 775 véhicules pour 1000 américains aux USA. On imagine aisément les dégâts sur l’environnement lorsque la Chine de 1 milliard d’habitants rattrapera son retard en matière d’équipement automobile.
Conclusion
Comment exiger des pays émergents qu’ils suivent un mode développement écologique alors même que celui-ci est plus coûteux ? C’est tout le paradoxe entre développement et développement durable.
En tout cas, pour les pays riches comme les nôtres, il y a des modes de vie liés aux habitudes de transport et aux habitudes de confort qu’il faut faire sérieusement évoluer. Mais c’est évidemment une vérité qui dérange …