Cumul de mandats
Le Ministre Courard a l’honneur de porter à ma connaissance que ma réclamation (voir plus bas) a été transmise au Ministre Antoine l’invitant à la répercuter auprès de la Société Wallonne du Logement (SWL). En effet, en vertu de l’article 88 § 1er 5° du Code du Logement, c’est la SWL qui exercerait ici la tutelle administrative.
Qui dispose de l’autorité nécessaire pour évaluer en Wallonie la loi spéciale du 4 mai 1999 sur laquelle je fonde ma réclamation ?
Voici le texte adressé initialement au Ministre Courard en date du 18 octobre 2007.
Question sur la légalité de l’exercice simultané des trois mandats de Monsieur Etienne en tant que président d’une société de logement de service public, député régional et bourgmestre
Monsieur le Ministre,
Récemment, le conseil communal de la Ville de Namur m’a désigné comme administrateur de la société de logement de service public « Le Foyer Namurois ».
Lors du premier Conseil d’Administration du 27 septembre 2007, l’ordre du jour comportait la désignation du Président du Conseil d’Administration. Monsieur Jacques Etienne, Député régional et Bourgmestre de la Ville de Namur, était le seul candidat.
A cette occasion, la question de la légalité et du cumul a été posée. Le Directeur-Gérant a répondu qu’il avait obtenu toutes les assurances de la validité de la candidature de Monsieur Etienne auprès du Ministre de tutelle. Cette réponse fait certainement référence à loi spéciale du 4 mai 1999 visant à limiter le cumul du mandat de membre du Conseil de la Communauté française, du Conseil régional wallon, du Conseil flamand et du Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale avec d’autres fonctions[1]. Selon l’article 24bis, §2ter de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles, inséré par cette Loi spéciale du 4 mai 1999 :
« § 2ter. Le mandat de membre du Conseil de la Communauté francaise, de membre du Conseil de la Région wallonne et de membre du Conseil flamand ne peut pas être cumulé avec plus d’un mandat exécutif rémunéré.
Sont considérés comme mandats exécutifs rémunérés au sens de l’alinéa précédent :
1° les fonctions de bourgmestre, d’échevin et de président d’un conseil de l’aide sociale, quel que soit le revenu y afférent;
2° tout mandat exercé au sein d’un organisme public ou privé, en tant que représentant de l’Etat, d’une communauté, d’une région, d’une province ou d’une commune, pour autant que ce mandat confère davantage de pouvoir que la simple qualité de membre de l’assemblée générale ou du conseil d’administration de cet organisme et quel que soit le revenu y afférent;
3° tout mandat exercé au sein d’un organisme public ou privé, en tant que représentant de l’Etat, d’une communauté, d’une région, d’une province ou d’une commune, pour autant que le revenu mensuel brut imposable y afférent atteigne un montant de 20 000 francs au moins. Ce montant est adapté annuellement à l’évolution de l’indice des prix à la consommation. »
Le Directeur-Gérant, nous a expliqué la présence de Monsieur Etienne au Conseil d’Administration comme représentant des autres souscripteurs. Il n’agirait donc pas au titre de représentant d’un pouvoir public mais bien à titre privé (dans une société de service public !).
Par ailleurs, toujours selon le Directeur-gérant, le code du logement n’énonce aucune incompatibilité entre la présidence d’une société de logement et les mandats publics de Monsieur Etienne. J’ai contesté l’interprétation facile de la loi spéciale du 4 mai 1999 et j’ai demandé le report de la désignation de Monsieur Etienne en attendant votre avis. La majorité du Conseil a refusé et a procédé à la désignation.
Je constate une concentration de pouvoir importante dans l’exercice cumulé des mandats de président de ladite société de logement, de Député régional et de Bourgmestre. Cet état de fait me semble pour le moins contraire à l’esprit de l’article 24bis, §2ter de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles. Par conséquent, je vous pose la question de la légalité de l’exercice simultané des trois mandats de Monsieur Etienne en tant que président d’une société de logement de service public, député régional et bourgmestre.
Je considère que le mandat de Président du Conseil d’Administration de la société de logement « Le Foyer Namurois » est un mandat exécutif rémunéré conformément à l’article 24bis, §2ter, 2° de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles. Pour ce faire, il suffit que trois conditions soient vérifiées, à savoir que ce mandat de président soit :
(i) un mandat exercé au sein d’un organisme public ou privé,
(ii) en tant que représentant de l’Etat, d’une communauté, d’une région, d’une province ou d’une commune,
(iii) pour autant que ce mandat confère davantage de pouvoir que la simple qualité de membre de l’assemblée générale ou du conseil d’administration de cet organisme et quel que soit le revenu y afférent
Tout d’abord, je constate que les conditions (i) et (iii) sont vérifiées. En effet, le mandat de président d’une société de logement de service public est un mandat déclaré au Moniteur[2] exercé au sein d’un organisme public[3] ou privé, qui confère davantage de pouvoir que la simple qualité de membre de l’Assemblée Générale ou du Conseil d’Administration de la société de logement[4], quel que soit le revenu afférent.
Ensuite, les faits indiquent que la condition (ii) est vérifiée parce qu’il agit dans son mandat en tant qu’homme public, parce qu’il est désigné par un conseil d’administration majoritairement composé de collectivités publiques et parce qu’il représente une collectivité publique :
· Si Monsieur Etienne tient ses parts sociales et son mandat de président qui en découle du quota privé, je pense qu’il agit, in fine, en tant qu’homme public. De plus, je m’interroge sur le nombre de parts dont Monsieur Etienne est porteur. S’il devait être constaté que ce nombre de parts est très réduit, on pourrait en conclure qu’il s’agit d’un artifice utilisé pour contourner la loi.
· Monsieur Etienne tire sa qualité de président de la représentation politique présente au conseil d’administration dominée par son parti politique, le CDH, et les collectivités politiques majoritaires des parts, Région Wallonne (20% où il siège au parlement), Ville de Namur (30% où il est bourgmestre) et Province de Namur. Il me semble alors que Monsieur Etienne en tant que président de la société de logement représente in fine son parti et les collectivités politiques (qui souscrivent aux parts), même s’ils ne l’ont pas mandaté expressément.
· Une fois désigné, le président de la société de logement de service public engage la responsabilité d’une collectivité publique : il la représente à l’égard des tiers[5] pour les autres actes que ceux de la gestion courante, il ouvre et ferme les séances du conseil d’administration, il mène les débats, etc. L’actualité nous a malheureusement révélé qu’en Wallonie les présidents de société de logement avaient des pouvoirs réels plus étendus que ce que le Code du logement prescrit.
Une lecture attentive des documents parlementaires indiquent que l’article 24bis, §2ter, 2° de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles prévoit une interdiction de cumul des mandants dont le critère de définition est l’exercice de fonctions exécutives. J’ai démontré plus haut cette réalité. Même si les documents parlementaires se refusent à les citer explicitement, les auteurs de la loi donnent l’exemple d’une fonction de membre d’un comité de direction « même si le montant de l’indemnité ne dépasse pas 20 000 francs »[6]. Je pense que cet exemple correspond bien par analogie à la situation de Monsieur Etienne …
Bref, toujours à la lecture des documents parlementaire[7], je suis persuadé que Monsieur Etienne exerce un mandat excessif en termes de pouvoir. Selon moi, il devrait choisir entre celui de bourgmestre et celui de président du Foyer Namurois.
Enfin, je tiens à rappeler que la première démarche que doit effectuer un administrateur de société de logement est la signature du Code d’éthique et de déontologie et ce en exécution de la décision du Gouvernement wallon sur proposition du Ministre en charge du Logement. Pour votre parfaite information, vous trouverez en annexe de la présente quelques coupures de presse relatives aux déclarations de M. Etienne en juillet 2007 sur son renouvellement de mandat (intervenu en septembre 2007).
Pouvez-vous me donner un avis sur mon interprétation ?
Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
François Goffinet
Administrateur du Foyer Namurois SCRL
[1] L. spéc. du 4 mai 1999 visant à limiter le cumul du mandat de membre du Conseil de la Communauté française, du Conseil régional wallon, du Conseil flamand et du Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale avec d’autres fonctions, M.B., 28 juillet 1999, pp. 28232-28233.
[2] Publication en exécution de l’article 7, º 3, des lois spéciale et ordinaire du 26 juin 2004 portant exécution des lois spéciale et ordinaire du 2 mai 1995 relatives à l’obligation de déposer une liste de mandats, fonctions et professions et une déclaration de patrimoine (troisième année d’application), M.B., 13 août 2007, p. 42215.
[3] C.E., 17 sept. 1991, n° 37639, Arr. R.V. St., 1991, s.p. T. Germ., 1993, p. 256. : le Conseil d’Etat considère qu’une société de logement de service public est une collectivité publique et qu’elle dispose donc d’une partie du pouvoir dévolu à l’Etat.
[4] Art. 152 bis du Code du logement : « Tous les actes de la société autres que ceux de gestion journalière sont signés par le président du conseil d’administration ».
[5] Ibid.
[6] Proposition de loi spéciale visant à limiter le cumul du mandat de membre du Conseil de la Commuanuté française, du Conseil régional wallon, du Conseil flamand, du Conseil régional bruxellois et du Conseil de la Communauté germanophone avec d’autres fonctions, Doc. Parl., Sén., sess. 1997-1998, n° 1-984/4, p.10.
[7] Ibid., p. 11
Cher monsieur,
Il est sans doute intéressant de chercher des poux sur la tête du voisin… mais cela n’améliore pas la gestion de VOTRE société, celle que VOUS administrez.
Ce n’est pas parce que Jacques Etienne ou qui que ce soit d’autre est sur la sellette que vos locataires seront plus satisfaits de VOTRE gestion…
Que comptez vous concrètement faire pour améliorer l’accueil des plus démunis dans votre société ?
Est-il bien normal que le foyer namurois accueille 30% de non européens, et vous, à quelques kilomètres de là vous n’êtes sollicités que pour 5 à 10% ?
Quelles mesures valent elles un tel engouement au foyer namurois et une telle désafection du foyer jambois auprès de ces populations plus fragilisées ?
N’est-ce pas précisément le rôle d’un administrateur PS que de se poser ces question plutôt que de s’intéresser au nombre de cravates du bourgmestre de Namur ?
merci de votre réponse
Jérome Pimpurniaux
observateur de la vie namuroise…
Commentaire par jpimpurniaux — 3 mai 2008 @ 12:38
Cher Monsieur,
Je vous remercie de m’adresser votre commentaire. Nous nous connaissons certainement.
D’abord, je regrette l’amplification médiatique qui a été donnée à mon intervention dans la presse namuroise. Ma demande est fondée et elle entre parfaitement dans le rôle d’un administrateur d’une société publique de logement. Etant donné la position de Monsieur Etienne, qui est aussi bourgmestre et député, elle prend énormément de temps à être traitée. Je n’en parlerais plus si j’avais obtenu réponse dans un délai raisonnable.
Par ailleurs, je pense qu’il y a cumul en termes de pouvoir, mais surtout en termes de temps disponible pour la gestion de la société de logement. Vous faites bien de susciter la question : est-ce qu’une autre équipe au conseil d’administration gérerait mieux la société ? Aussi, je vous assure que je reçois l’aval entier du PS dans ma démarche. Vous pouvez questionner à ce propos le président du PS local et son comité représentatif.
Concernant la gestion du Foyer Namurois, j’ai demandé à plusieurs reprises à connaître la situation “critique” de la société de logement. L’accès aux rapports d’audit précédents (réalisés avant mon entrée en fonction) m’a d’abord été refusé explicitement. Aujourd’hui, il semblerait que je sois autorisé à y accéder sous contrôle du personnel de la société. Trouvez-vous cela normal ? Afin d’évaluer la situation, j’attends avec impatience que Monsieur Etienne me communique, comme il doit le faire, le rapport d’audit réalisé sous mon mandat. Avec cette nouvelle affaire de discrimination, j’ai constaté qu’il valait mieux être journaliste qu’administrateur pour obtenir ces informations. Ce document n’a toujours pas été soumis à ma lecture. De nouveau, trouvez-vous cela normal ? Ainsi, vous avez une idée de mes moyens d’action.
Entre-temps, à titre privé, j’ai visité plusieurs logements du Foyer Namurois. J’ai constaté des manquements multiples mais individuels. Dès que j’aurai le rapport d’audit entre les mains, je ne manquerai pas de recouper les informations et d’agir au sein du CA de la société.
Je vous livre ma vision “socialiste” de la dernière affaire. Il ne revient pas aux CA des sociétés de logement d’organiser la sociologie des locataires en fonction de leur origine. Non seulement la démarche est contraire à toute la législation disponible mais aussi aux valeurs que je défends. Il se trouve que les faits de discrimination sur base de l’origine des personnes seraient avérés au Foyer Namurois et que j’y suis administrateur. C’est donc dans cette société que j’agirai en priorité. S’il s’avérait que ce soit le cas dans d’autres sociétés, sur ce point, je serais tout aussi exigeant mais à un autre niveau; comptez sur moi !
Une personne = une personne quelle que soit son origine. Toute discrimination illégale doit être sanctionnée.
Si ces faits étaient bien confirmés au Foyer Namurois, la situation serait extrêmement grave et je ne présagerais rien de bon pour la société et ses gestionnaires responsables … Croyez bien que cela ne me réjouit pas car cela signifierait que notre système démocratique et de contrôle n’a pas bien fonctionné.
Bref, au lieu de chercher des responsabilités dans d’autres sociétés de logement, de porter le débat sur l’intégration des communautés étrangères au Parlement wallon (où Mr Etienne siège depuis plusieurs législatures) ou de tenter de résoudre aujourd’hui des problèmes de gestion connus depuis longtemps, je pense qu’il est temps que les gestionnaires de la société prennent leurs responsabilités. C’est tout le fonctionnement du Foyer Namurois qui est à remettre en cause. Il n’y a plus que l’équipe actuelle (exceptés les mandataires PS) qui croit encore à la gestion de la société telle qu’elle a été menée jusqu’à présent.
Enfin, il ne s’agit pas de MA société de logement contrairement à ce que vous m’écrivez. Il s’agit d’une société de logement de service public dans laquelle j’exerce un mandat d’administrateur depuis quelques mois, pour laquelle je dois rendre des comptes au conseil communal et à la population namuroise. C’est un détail mais il a toute son importance pour apprécier mon action. Le jour où je m’approprierai un bien public, j’aurai raté mon engagement. Ma personne a très peu d’importance dans cette affaire : si ce n’est plus moi qui effectue un contrôle au CA du Foyer Namurois, ce sera .un autre mandataire socialiste.
Bien à vous,
Commentaire par fgoffinet — 3 mai 2008 @ 9:25