On a l’habitude de catégoriser le positionnement politique sur un axe unidimensionnel Gauche/Droite qui tire son origine de la place des députés français en 1789 par rapport à leur président de séance*. Mais qu’est-ce qui différencie par exemple deux gauchistes tels que Staline et Gandhi, qu’est-ce qui distingue Pinochet de Tatcher, tous les deux positionnés à droite ? Comment expliquer que l’on puisse se sentir politiquement proche de personnes qui ne sont pourtant pas de la même culture, qui n’ont pas les mêmes origines, qui ne partagent pas la même structure politique ? Une réponse pourrait être la prise en compte d’autres paramètres de positionnement politique. Beaucoup pensent que la définition Gauche/Droite est dépassée. Pour ma part, dans un contexte de catégorisation simple, je pense que la distinction ne suffit plus. Il me semble utile d’ajouter une dimension supplémentaire pour mieux apprécier leurs différences …
La ligne Gauche/Droite convient parfaitement pour établir des positions sur le plan économique. Les chercheurs de Political Compass introduisent une dimension sociale qui possède également toute son importance. En plus de l’axe Gauche/Droite, leur grille d’analyse propose une échelle qui va de l’autoritarisme extrême au “libertarisme” extrême.

En ajoutant la dimension sociale, on visualise aisément qu’un personnage comme Staline était un gauchiste autoritaire (accordant plus d’importance à l’Etat qu’à l’individu) et que Gandhi, croyant en la valeur suprême de chaque individu, était un gauchiste libéral. Le site de Political Compass donne d’autres exemples que je laisse à votre lecture.

Cette grille d’analyse apporte davantage de finesse dans l’analyse des positions politiques. Par exemple, elle nous indique que l’opposé du “fascisme” n’est pas le “communisme” mais l’”anarchisme” (socialisme libéral) et que l’opposé du “communisme” (économie planifiée d’état) est le néo-libéralisme (économie dérégulée à l’extrême).
J’y vois également un intérêt pratique. La méthode est facile et permet d’analyser les positions d’un point de vue atomique : dans notre système politique proportionnel, il serait alors plus aisé d’imaginer des points de convergence ponctuels sur certains aspects (et pas d’autres) en réfléchissant autrement que par l’unique axe Gauche/Droite.
Si les partis et leurs représentants figuraient dans une telle grille, l’électeur pourrait peut-être au moment des élections effectuer des choix plus rationnels — sans compter évidemment des programmes lisibles et des évaluations honnêtes des politiques menées.
Un autre schéma de Political Compass nous montre le positionnement des leaders politiques européens et autres. On en pensera ce qu’on voudra :

Je ne résiste pas à l’envie de communiquer mon score personnel sur l’échelle bidimensionnelle de Political Compass.
- Economic Left/Right: -6.75
- Social Libertarian/Authoritarian: -6.56

On peut soi-même obtenir un résultat en allant sur http://www.politicalcompass.org/test. Les questions sont en anglais et sont culturellement orientées, mais il me semble malgré tout que la proposition méthodologique soit valide.
* La première assemblée française a utilisé une autre distinction qui n’est pas sans faire penser à la seconde dimension de Political Compass : la Gironde et la Montagne.