Bréviaire athée IV

24 08 2010

Salutiste contestant l’érotisme

“Si on avait compté les siècles après Dionysos, Civa, Vénus, Kamadeva ou Rupac-Inca-Yupan, au lieu des les compter après J.C.,
tout aurait été peut-être aussi sanglant mais plus beau, plus libre et même plus gai.

Taviré Takuti





La Question Lahaut

18 08 2010

La Question Lahaut par Véronique De Keyser, députée européenne socialiste.

Manifestation rue Pont d’Avroy à Liège en faveur de l’abdication du roi Léopold III, s.d., Coll. ILHS

Manifestation rue Pont d’Avroy à Liège en faveur de l’abdication du roi Léopold III, s.d., Coll. ILHS

Liens :

Une résolution du Sénat demande au CEGES une étude scientifique sur l’assassinat de Julien Lahaut

L’assassinat de Julien Lahaut : une des plus grandes énigmes politiques du XXème siècle !

Articles :

- « Un caquet à rabattre », dans La Libre, 26/10/2009 ;
- « L’enquête sur Lahaut doit avoir lieu », dans La Libre, 20/10/2009 ;
- « Assassinat de Julien Lahaut : la vérité historique sacrifiée sur l’autel de la crise », Le Soir, 15/10/2009 ;
- Archives en ligne de Sudpresse, 22/09/2009 ;
- « Lahaut : une étude quand même ? », dans La Libre, 24/09/2009 ;
- « Celui qui a tué Julien Lahaut », dans La DH, 05/12/2007 ;
- « Le véritable assassin de Julien Lahaut », dans La Libre, 05/12/2007 ;
- Toudi mensuel, n°45-46, avril-mai 2002 ;
- Le Monde du Travail, 21-22-23/08/1950.





Bréviaire athée III

4 08 2010

D’après l’antique légende, le roi Midas poursuivit longtemps dans la forêt le vieux Silène, compagnon de Dionysos, sans pou­voir l’atteindre. Lorsqu’il eut enfin réussi à s’en emparer, le roi lui demanda quelle était la chose que l’homme devrait préférer à toute autre et esti­mer au-dessus de tout. Immobile et obstiné, le démon restait muet, jusqu’à ce qu’enfin, contraint par son vainqueur, il éclata de rire et laissa échap­per ces paroles : « Race éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu’il vaudrait mieux pour toi ne jamais connaître ? Ce que tu dois préférer à tout, c’est pour toi l’impossible : c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, — c’est de mourir bientôt. »

F. Nietzsche, L’Origine de la Tragédie, §3.





Bréviaire athée II

4 08 2010

Mon ami, (…) prouve-moi que la nature ne se suffit pas à elle-même, et je te permettrai de lui supposer un maître; jusque-là n’attends rien de moi, je ne me rends qu’à l’évidence, et je ne la reçois que de mes sens (…).

D. A. F. de Sade, Dialogue entre un prêtre et un moribond, 1782.





Bréviaire athée I

4 08 2010

Dieu est le silence de l’univers et l’homme le cri qui donne du sens à ce silence.

J. Saramago, Le Cahier, le Cherche Midi, p.59, 2010.





L’art de faire rêver les pauvres

2 04 2008

Lu dans le Monde diplomatique de ce mois (1), Christine Chollet met en évidence le comportement contradictoire entre la fonction présidentielle visant le souci de l’intérêt général et l’attitude du président français fasciné par la réussite individuelle :

Dans le modèle marxiste, le travailleur est invité à se défaire de la mentalité servile et autodépréciative qui lui interdit de comparer son sort à celui des nantis pour revendiquer sans complexes le partage des richesses; en même temps, il s’identifie à ses semblables, salariés ou chômeurs, nationaux ou étrangers, envers qui il éprouve empathie et solidarité. Le génie de la droite a été de renverser ce schéma. Désormais, le travailleur s’identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l’immigré toucherait des allocations et pas lui, le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui “se lève tôt” pour aller trimer … Son ressentiment est ainsi habilement devié de sa cible légitime, et l’on voit s’enclencher un redoutable cercle vicieux : plus ses conditions de vie se dégradent, plus il vote pour des politiques qui les dégraderont encore. (…)

“Chacun aura sa chance”, clamait le président de la République au soir de son élection; “chacun pour soi”, en somme. (…) Il est secondé en cela par la culture de masse , qui brode d’infinies variations sur un thème auquel nos cerveaux ont développés une accoutumance pavlovienne : celui de la success story. Success story du gagnant du Loto. Success story de l’entrepreneur “parti de rien”. Success story des acteurs, des chanteurs, des sportifs, (…)

En affirmant que seul le “mérite” gouverne le destin des individus, la droite naturalise l’ordre social : les riches comme les pauvres étant intégralement responsables de leur condition, les élus peuvent en toute bonne conscience s’en laver les mains. (…)

On voit apparaitre une nouvelle dialectique dans laquelle le refus du travail salarié traduirait la survivance de “préjugés aristocratiques“, et les régimes spéciaux de retraite, dus à la pénibilité de certains métiers, seraient des “privilèges(2). (…)

Ce qu’on appelle “politique people” est en fait le pari que l’électorat va oublier les conditions de vie de moins en moins décentes qui sont les siennes en s’abîmant dans la contemplation béate de la jet-set – classe politique comprise – grâce aux belles images et aux histoires édifiantes qu’on lui donne en pâture.

(1) CHOLLET Mona, L’art de faire rêver les pauvres, dans Le Monde diplomatique, n° 649, avril 2008.

(2) LAGARDE Christine, Ministre française de l’économie, Discours à l’Assemblée nationale, 10 juillet 2007.





Gauche ou droite ?

25 02 2008

On a l’habitude de catégoriser le positionnement politique sur un axe unidimensionnel Gauche/Droite qui tire son origine de la place des députés français en 1789 par rapport à leur président de séance*. Mais qu’est-ce qui différencie par exemple deux gauchistes tels que Staline et Gandhi, qu’est-ce qui distingue Pinochet de Tatcher, tous les deux positionnés à droite ? Comment expliquer que l’on puisse se sentir politiquement proche de personnes qui ne sont pourtant pas de la même culture, qui n’ont pas les mêmes origines, qui ne partagent pas la même structure politique ? Une réponse pourrait être la prise en compte d’autres paramètres de positionnement politique. Beaucoup pensent que la définition Gauche/Droite est dépassée. Pour ma part, dans un contexte de catégorisation simple, je pense que la distinction ne suffit plus. Il me semble utile d’ajouter une dimension supplémentaire pour mieux apprécier leurs différences …

La ligne Gauche/Droite convient parfaitement pour établir des positions sur le plan économique. Les chercheurs de Political Compass introduisent une dimension sociale qui possède également toute son importance. En plus de l’axe Gauche/Droite, leur grille d’analyse propose une échelle qui va de l’autoritarisme extrême au “libertarisme” extrême.

En ajoutant la dimension sociale, on visualise aisément qu’un personnage comme Staline était un gauchiste autoritaire (accordant plus d’importance à l’Etat qu’à l’individu) et que Gandhi, croyant en la valeur suprême de chaque individu, était un gauchiste libéral. Le site de Political Compass donne d’autres exemples que je laisse à votre lecture.

Cette grille d’analyse apporte davantage de finesse dans l’analyse des positions politiques. Par exemple, elle nous indique que l’opposé du “fascisme” n’est pas le “communisme” mais l’”anarchisme” (socialisme libéral) et que l’opposé du “communisme” (économie planifiée d’état) est le néo-libéralisme (économie dérégulée à l’extrême).

J’y vois également un intérêt pratique. La méthode est facile et permet d’analyser les positions d’un point de vue atomique : dans notre système politique proportionnel, il serait alors plus aisé d’imaginer des points de convergence ponctuels sur certains aspects (et pas d’autres) en réfléchissant autrement que par l’unique axe Gauche/Droite.

Si les partis et leurs représentants figuraient dans une telle grille, l’électeur pourrait peut-être au moment des élections effectuer des choix plus rationnels — sans compter évidemment des programmes lisibles et des évaluations honnêtes des politiques menées.

Un autre schéma de Political Compass nous montre le positionnement des leaders politiques européens et autres. On en pensera ce qu’on voudra :

Je ne résiste pas à l’envie de communiquer mon score personnel sur l’échelle bidimensionnelle de Political Compass.

  • Economic Left/Right: -6.75
  • Social Libertarian/Authoritarian: -6.56
feg_compass.jpg

On peut soi-même obtenir un résultat en allant sur http://www.politicalcompass.org/test. Les questions sont en anglais et sont culturellement orientées, mais il me semble malgré tout que la proposition méthodologique soit valide.

* La première assemblée française a utilisé une autre distinction qui n’est pas sans faire penser à la seconde dimension de Political Compass : la Gironde et la Montagne.





Croissance économique, croissance démographique et consommation d’énergie dans le monde

21 01 2008

Un des numéros de l’émission télévisée intitulée « Le dessous des cartes » de 2007 prenait pour sujet les rapports entre croissance économique, croissance démographique et consommation d’énergie dans le monde.

En se fondant sur des rapports de l’OCDE, de la Banque Mondiale et de l’Agence Internationale de l’Energie, Jean-Christophe Victor nous apprend plusieurs éléments étonnants sur les prévisions à long terme (d’ici 2030) de la croissance économique, de la croissance démographique et de la croissance de la demande énergétique.

D’abord, la croissance économique sera soutenue pendant 25 ans notamment grâce aux pays asiatiques. Ensuite, c’est justement en Asie que la croissance démographique sera la plus forte. Ces deux éléments auront d’importantes conséquences sur la consommation énergétique dans le monde et nécessairement sur la pollution environnementale planétaire. Aussi, la croissance des besoins énergétiques sera d’autant plus élevée en Asie. De manière plus remarquable, étonnante si pas décevante, les principales sources d’énergie utilisées dans le monde (80 %) resteront les énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) comme c’est le cas actuellement, laissant les énergies propres et renouvelables ainsi que le nucléaire civil en production marginale.

Croissance économique soutenue dans les 25 ans à venir.

Selon ces prévisions, la croissance se maintiendra dans les 25 prochaines années. A l’échelle humaine, rien ne permet d’anticiper une rupture qui invaliderait ces prévisions telles qu’une crise financière comme celle de 1929, une guerre mondiale ou une menace majeure (le terrorisme n’étant pas une menace majeure).

Croissance du PIB

Les auteurs de l’émission ont examiné les prévisions de la croissance du PIB, soit la croissance de la richesse créée dans les différentes zones du monde : en moyenne 3 à 4 % par an dans le monde et 6 % par an en Asie.

La tendance générale est donc nettement à la hausse. Elle s’appuie sur la globalisation des échanges commerciaux et sur les investissements entre les états et les zones d’intégration régionale.

Il s’agit d’une tendance lourde : les performances des économies chinoises, indiennes, indonésiennes, malaises et même celles d’autres pays du Sud-Est asiatique vont provoquer une longue période de croissance mondiale, plus longue que celle entraînée par l’économie américaine après 1945. Cette croissance n’est pas seulement fondée sur la production de produits manufacturés mais sur des économies de plus en plus diversifiées. Elle sera particulièrement marquée en Asie compte tenu de son dynamisme économique mais aussi grâce à sa forte croissance démographique.

Croissance démographique d’ici 2030.

En 2006, la Chine et l’Inde cumulent à elles seule un tiers de la population mondiale. Cette tendance se confirme pour les 25 ans qui viennent. En 2030, quatre des cinq pays les plus peuplés au monde seront en Asie. L’Inde hébergera 1 milliard 400.000 habitants, la Chine comptera 1 milliard 300.000 habitant, l’Indonésie sera habitée par 270 millions de personnes et le Pakistan de 260 millions d’habitants. Les USA seront 3e population mondiale à cette date avec seulement 360 millions d’habitants, soit loin derrière les deux “puissances” démographiques asiatiques.

Démographie

Bref, l’Asie cumulera une forte progression du PIB et une forte progression de la démographie. Ces deux prévisions auront des conséquences directes sur la demande énergétique.

Croissance des besoins énergétiques

Alors que les pays de l’OCDE représentent aujourd’hui plus de 50 % de la consommation énergétique mondiale, en 2030, les pays asiatiques en représenteront 30 %, contre 20 % actuellement. D’ici là, les besoins énergétiques répondront surtout à la croissance du continent asiatique. La croissance globale de la demande énergétique pourrait varier entre 52 % et 71 % (selon les rapports) dans les trente prochaines années (contre 48 % pour la période 1970-2000).
Quelles énergies répondront à la croissance de la demande énergétique ?

La répartition des sources d’énergie utilisées dans le monde d’ici 2030 serait toujours la même que celle d’aujourd’hui.

Evolution de la consommation des énergies dans le monde

Dans 25 ans, 80 % des énergies consommées seraient toujours les énergies fossiles : pétrole, gaz et charbon. Leurs volumes de consommation ne ferait qu’augmenter à l’avenir. L’énergie nucléaire civile et les énergies renouvelables subsisteront dans des parts marginales.

Comment expliquer le paradoxe de souhaits qui relèvent du bon sens, consommer les énergies de manière plus responsable, avec ces prévisions décevantes ?

D’abord, les énergies fossiles seront disponibles pour de longues années encore, sans compter le fait que des nappes de pétrole peuvent encore être découvertes et que les technologies qui optimisent sa production iront en s’améliorant. On estime aujourd’hui les réserves de pétrole à 41 ans, 59 ans pour le gaz et 200 ans pour le charbon.

En ce qui concerne le charbon, il est encore très abondant et offre l’avantage d’être mieux réparti dans le monde que le pétrole qui est fortement concentré au Moyen-Orient. Il n’est dès lors pas étonnant que la Chine mette chaque semaine en service une centrale électrique au charbon. On en imagine déjà l’impact environnemental. La consommation de charbon ne cessera pas d’augmenter dans le monde; elle devrait tripler d’ici 2050. Notons aussi que 40 % de l’électricité mondiale est déjà actuellement produite grâce au charbon !

Justement, la consommation électrique manque toujours à plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde. D’ici 2030, il y aura toujours autant de personnes sans électricité alors que la population mondiale aura augmenté de manière significative. Quoi qu’il en soit, « l’accès à l’électricité n’est pas et ne sera pas également répartie à travers le monde. », le continent africain restant de toute façon le parent pauvre.

La part du pétrole restera prédominante d’ici 2030 dans la consommation énergétique mondiale. Le secteur des transports est responsable de la plus grande part de la demande énergétique en pétrole. Ce secteur a également la plus grande part de responsabilité dans les émissions de gaz à effets de serre. Le pétrole n’est pas prêt à être remplacé, notamment parce que ce secteur des transports se réforme beaucoup moins vite que les autres. Or, le parc automobile est en train d’exploser en Asie. En Chine, il a été multiplié par trois entre 1990 et 2005. On a aujourd’hui 20 véhicules pour 1000 habitants en Chine et 775 véhicules pour 1000 américains aux USA. On imagine aisément les dégâts sur l’environnement lorsque la Chine de 1 milliard d’habitants rattrapera son retard en matière d’équipement automobile.

Conclusion

Comment exiger des pays émergents qu’ils suivent un mode développement écologique alors même que celui-ci est plus coûteux ? C’est tout le paradoxe entre développement et développement durable.

En tout cas, pour les pays riches comme les nôtres, il y a des modes de vie liés aux habitudes de transport et aux habitudes de confort qu’il faut faire sérieusement évoluer. Mais c’est évidemment une vérité qui dérange …





Réforme de l’Etat et mes voeux pour 2008

5 01 2008

Dans une entrevue publiée ce vendredi 5 janvier 2008 dans Le Vif L’Express, Philippe Moureaux, Vice-Président du PS, s’exprime à titre personnel à propos de la réforme de l’Etat. En résumé, P. Moureaux défend l’idée d’accepter une très profonde réforme de l’Etat allant vers le confédéralisme si les francophones y gardent les avantages liés à la solidarité nationale faute de quoi ils devront faire face à de vrais séparatistes flamands dans deux ou trois ans.

Paul Magnette au congrès de décembre 2007

On sait que l’opinion publique francophone est particulièrement hostile à tout changement institutionnel qui d’un point de vue romantique mettrait fin à l’Etat belge. Le vote en commission imposé par le nombre sur la scission de l’arrondissement de BHV a créé un traumatisme du côté francophone. L’ensemble des partis francophones ne pouvaient que répondre par l’indignation, a plus forte raison dans ce contexte particulièrement émotif.

Maintenant qu’un gouvernement est mis en place, le pragmatisme reprend le dessus. Dans le couple flamands/francophones, la survie de l’union ne peut se réaliser que par l’écoute mutuelle des uns et des autres. La sortie personnelle de P. Moureaux ne serait-elle qu’une expression du droit de tendance ou la mise en place d’une stratégie visant à digérer l’inéluctable ?

Le PS a accepté d’entrer dans une majorité alors qu’il aurait pu se satisfaire d’une opposition lointaine dégagée de toute responsabilité. Qu’est-ce qui pousse ce puissant parti à jouer ce jeu dangereux ? Justement parce que le PS est un parti responsable. Pourtant, de manière égoïste, il me plairait mieux d’être dans l’opposition à la manière du SPa. Je laisserais volontiers l’Orange Bleue se débrouiller toute seule et montrer le vrai visage d’une Droite peu soucieuse des plus faibles, n’en déplaise à la gauche chrétienne. Le programme à réaliser de l’Orange Bleue ce sont les pieds joints dans les thèses du libéralisme dominant, notamment celui qui se réalise en Espagne ou au Royaume-Uni.

La population ne s’en rend peut-être pas compte mais la guerre des idéologies n’est pas finie. En Europe, cela fait longtemps que la Gauche a intégré sa politique à l’économie de marché. Dans le contexte économique difficile que nous connaissons le PS ne peut se contenter d’une place de spectateur. Il nous est toujours insupportable que les actionnaires s’enrichissent plus vite que les travailleurs, que le pauvres deviennent plus pauvres alors que les riches deviennent plus riches de manière exponentielle, que les hommes et les femmes n’arrivent pas à atteindre un salaire égal, que la xénophobie et l’homophobie soient encore quotidiennement tolérées.

Oui, si les francophones veulent garder l’unité de la Belgique, ils doivent entrer dans un dialogue avec les revendications flamandes. Dans ce cadre, on risque fort de changer les modalités de la solidarité Nord/Sud. Entre nous et en toute sincérité, quel est le problème pour une communauté d’obtenir plus d’autonomie notamment dans les matières économiques ? Placer le débat sur un fond sentimental a-t-il du sens alors que ces communautés se connaissent de moins en moins ? Les flamands ne sont pas moins belges que nous ! Ils se demandent juste combien de temps il devront payer pour continuer à être ces belges-là.

Je pense que tous les partis francophones ont depuis plusieurs mois conscience de ce constat. Faut-il encore que l’opinion soit prête et soit en phase avec la réalité. Ce ne sera possible que si l’ambiance est calme et sereine. A cet égard les Oranges du Nord et du Sud ont de gros efforts à fournir !

Qu’on se rassure ! Un Etat confédéral est toujours un Etat ! Les modalités de son organisation vont changer. Le véritable enjeu pour nous c’est bien la solidarité entre les régions. Un confédéralisme sans solidarité est un commerce avec un seul gagnant. Dans une Wallonie qui connaît un déficit structurel sur le long terme, une diminution drastique de ses revenus serait une véritable catastrophe. Personnellement, je ne verrais aucun inconvénient à ce que le donateur contrôle mieux l’argent qu’il donne. N’importe qui réagirait de la même façon avec son argent.

Le PS au pouvoir a démontré sa capacité à mener des politiques bénéfiques pour le plus grand nombre et à gérer avec responsabilité la chose publique, sauf à Charleroi*. En Wallonie, le déficit structurel est tel que la situation est extrêmement difficile à relever. La Wallonie et les wallons ont intérêts à faire confiance au PS, surtout avec une autonomie accrue. Mais j’exhorte mon parti à mener des politiques alternatives au libéralisme anglo-saxon, à se rapprocher des modèles scandinaves et germaniques.

Ce jour-même, Didier Reynders publie via Belga un communiqué dans lequel il affirme que le PS et le CDH forment un cartel. Quelle esbrouffe ! Pour former un cartel, il faut des structures communes et des points de programmes identiques, pas seulement des convergences. La vérité est la suivante : au niveau fédéral, PS et CDH avaient conclu des accords sur certains points. Leur loyauté réciproque sert toujours de base d’entente à l’heure actuelle. D’autre part, on constate très peu de convergences entre ces deux partis et le MR. Nous nous trompons pas non plus : la Gauche au CDH n’existe plus structurellement et seule Joëlle accompagnée de quelques amis s’avancent partiellement dans des voies sociales-démocrates.

Si le MR, ce rassemblement hétéroclite, continue à séduire les déçus et les jeunes qui rêvent de devenir patrons (entendez recevoir le salaire d’un patron) en jouant à Euromillions, le PS devra se résoudre à changer d’attitude à l’égard du seul autre parti véritablement à gauche, Ecolo.

Alors voici mes voeux pour 2008, une politique plus responsable encore en Wallonie et une convergence de la Gauche.

* La montée de Paul Magnette au Grouvernement fédéral est un signal fort que j’applaudis.





Démocratie d’opinion

5 12 2007

Dans la Libre Belgique d’hier, Claude Javeau donne brièvement une analyse de la démocratie dans laquelle nous vivons.

Selon lui, on est passé “d’une démocratie représentative à une démocratie d’opinion fabriquée par les médias”. La réflexion est intéressante pour le président de section locale PS qui fréquente régulièrement les militants. Intéressante aussi pour l’humble “bloggeur”.

Dans une démocratie représentative, ce sont les structures particratiques larges qui donnent des mandats clairs aux dirigeants des partis : assemblées générales (Ecolo) et congrès (PS, MR et CDH). Par contre, une démocratie d’opinion se laisse guider par les tendances d’opinions inspirées par les sondages, les blogs, les gros titres des journaux télévisés et de la presse écrite. Je cite encore : “La politique n’est plus une question de militants, c’est une affaire d’internautes”.

On constate ce paradoxe qui donne à la fois le semblant de négociations politiques qui s’opèrent en public dans un débat télévisé de Pascal Vrebos et l’atomisation des opinions sur les médias immédiats (les im-médias) comme l’Internet. Le sociologue en herbe devrait s’intéresser aux “défouloirs” collectifs que sont devenus les différents Blogs. La modération – qui est une fonction technique disponible – est d’ailleurs souvent faible. Cela me fait penser aux “discussions de comptoir” … sans plus.

Quoi qu’il en soit, dans ce cadre, la politique deviendrait une lutte de l’information : à celui qui communique le mieux, au bon moment, le plus fort, etc. Il serait utile d’interpréter les faits politiques que nous vivons tant à Namur qu’au fédéral au regard de cette récente grille d’analyse. Ce n’est pas sans me rappeler les positions constructivistes de Pierre Bourdieu avec son texte fondateur “L’opinion publique n’existe pas”. Manifestement, on verrait des contre-pouvoirs qui utilisent l’information en marge des processus électoraux pour s’opposer à ceux qui détiennent le pouvoir politique de manière légale et formelle. D’un autre côté, les décideurs fonderaient leurs décisions sur la réactivité des opinions.

Il n’y certes rien de nouveau sous le soleil mais verrait-on une accentuation du phénomène ? Aussi, le nouveau paradigme n’a pas totalement effacé celui d’une démocratie représentative ou de la concertation sociale. Ils coexistent certainement.

Opinions construites, immédiates et atomiques et guerre de l’information politique : tels seraient les enjeux actuels des politiciens ? Une nouvelle compétence à acquérir pour eux ? En tout cas, il est loin le temps des évidences idéologiques ! Le business de la presse lui l’a compris : commentaires sur les articles en ligne, presse totalement virtualisée, vidéos sur les sites de presse écrite, articles sur les sites de presse télévisée, dépêches en temps réel, chat avec Arena ou Maingain, etc.

Attention ! Ceci n’est de toute façon qu’un “blog” comme un autre !








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